[Test] Dispatch

Vous n'avez pas de pouvoir mais vous savez vous asseoir derrière un écran ? Parfait ! En suivant cette formation 100% gratuite, vous pourrez gérer à distance une équipe de super-vilains en voie de réinsertion, dans ce test de Dispatch.

"Tout le monde s'en souviendra..."

Illustation du jeu Dispatch
Illustation du jeu Dispatch

Test réalisé sur la version PC sur steamdeck.
Critique publiée le 03/03/2026

Illustation du jeu Dispatch
Illustation du jeu Dispatch

13 ans après la sensation TellTale Games, avec la sortie épisodique des Walking Dead et puis de The Wolf Among Us, nous revoilà avec Dispatch ! Depuis TellTale a été liquidé, après de nombreux projets d'adaptation n'ayant pas trouvé leur public, AdHoc Studio a été créé par des membres fondateurs du studio, puis TellTale a réouvert ses portes, notamment pour un The Wolf Among Us 2, en développement avec... AdHoc Studio. Enfin ça c'était avant une nouvelle brouille entre les studios et AdHoc d'annoncer qu'il ne sait pas où en est le projet, et leur implication finale... Bientôt le jeu narratif adapté de l'histoire des studios narratifs ? Bon, Dispatch c'est bien la première production d'AdHoc. Un jeu d'aventure graphique, à choix multiples, et non un point and click, comme avait pu l'être The Walking Dead.

Illustation du jeu Dispatch
Illustation du jeu Dispatch

Mécha Man est tombé, sous les coups de Shroud et de ses sbires. Son armure détruite, Robert Robertson, la trentaine bien entamée, est contraint de redevenir l'homme banal qu'il est, rompant avec la lignée de ses ancêtres, hommes mécha de père en fils. Il est récupéré par Blonde Blazer, superwoman à la tête de SDN, un service d'assurance dont les employés, des super-héros, viennent en aide à leurs bénéficiaires. Blonde Blazer voit en Robert le candidat idéal pour diriger l'équipe Z, la moins reluisante d'SDN, composée de super-vilains en réinsertion, en échange de la réparation de son Mécha. Robert aura pour tâche de "dispatcher" les affreux en fonction des demandes, d’insuffler un esprit d'équipe, les fesses vissées sur une chaise devant son écran, sans super pouvoir. Un peu comme nous quoi. Dispatch alterne ainsi des phases de narration, magnifiquement illustrée en cel- shading, mélangeant 2D et 3D, et des phases de gestion où l'on affecte aux missions, les différents héros en devenir.

Cette linéarité profite à la direction artistique de qualité. Le style graphique est abouti, d'une grande finesse, comparé aux jeux de l'époque qui bavaient beaucoup plus. Dispatch est très plaisant visuellement, même si son style reste convenu pour une représentation de super héros. On est loin de l'originalité des Spiderverse. L'ensemble est ainsi très lisible et agréable à jouer sur consoles portables. La musique est évidemment un élément incontournable pour un jeu mettant en scène des super-héros, d'autant plus dans un jeu narratif, et celle de Dispatch est franchement à la hauteur. Andrew Arcadi a composé une large bande-sonore qui accompagne discrètement les dialogues et nos phases de gestion, sans jamais être redondante. Les thèmes sont plaisants et viennent apporter un souffle épique quand il le faut. Dispatch est également rythmé par des chansons pop très efficaces, en guise de générique, et parfois d'accompagnement de certaines scènes. Encore une fois à la hauteur de ce qu'on pouvait en attendre et même davantage. Mais c'est le doublage qui est indubitablement la force de Dispatch. Les acteurices de Critical Role sont excellentes notamment Laure Bailey et c'est aussi bien agréable de retrouver des stars de cinéma, comme Jeffrey Wright ou Aaron Paul dans un registre très différent de celui de Breaking Bad. Le casting est excellent, et arrive à rendre vivant et naturel des dialogues certes plutôt bien écrits, mais pas toujours facile à incarner. Les super vilains ont énormément de répartie, se chambrent continuellement et les blagues fusent. Les acteurices s'en donnent à cœur joie avec un plaisir communicatif.

Jeu : 3,5/5

Tranquillité : 3,5/5

Les huit épisodes de Dispatch sont sortis hebdomadairement entre le 22 octobre 2025 et le 12 novembre 2025, sur PS5 et PC. Une version censurée est sortie le 28 janvier 2026 sur Switch et Switch 2. Dispatch est développé et édité par AdHoc Studio, fondé en 2018 par des vétérans du studio TellTale Games, dans la foulée de sa liquidation la même année. Critical Role, la web série de JDR américaine, a participé au financement du jeu. L'équipe centrale de comédiens et comédiennes de doublage de la série incarnent d'ailleurs des personnages de Dispatch. Ce partenariat a pour perspective la réalisation par AdHoc d'un jeu narratif dans l'univers de Critical Role.

Illustation du jeu Dispatch
Illustation du jeu Dispatch

Jeu narratif hérité de ceux de TellTale, on retrouve dans Dispatch le fameux "ce personnage s'en souviendra" signifiant au joueur que ces choix de dialogues auront un impact sur la suite du récit. Cet effet est progressivement devenu un "meme" tant certains des jeux en abondaient, sans réelle répercussion sur l'aventure. Il est évident, compte tenu de la qualité des animations, du doublage, et d'un budget forcément limité, que Dispatch n'offrirait pas une multitude de choix possibles ayant un fort impact sur le récit. Pas de surprise de ce côté-là, cette aventure est toute tracée. Le jeu assume son découpage en épisode, en s'inspirant des comics et de leurs adaptations télévisuelles, et on est évidemment plus proche d'un roman graphique que d'un RPG. Dispatch propose trois variations principales dans son récit. Certaines scènes spécifiques se joueront en fonction de nos décisions, sans impacter drastiquement le déroulé des événements. Parler de son expérience de Dispatch avec quelqu'un, reviendra à se poser quelques questions pour comparer nos choix, avant de parler d'un récit, forcément partagé. Pour ma part, j'ai recommencé le jeu immédiatement après l'avoir terminé, pour explorer les autres embranchements et j'en ai largement fait le tour. Certaines et certains pourraient profiter d'un troisième passage, mais l'aventure serait quasiment identiques aux précédentes.

Conclusion : Dispatch est un jeu efficace, court, et agréable à parcourir. Son récit est classique, plutôt osé dans sa mise-en-scène, bien que discutable dans certaines de ses orientations. Il est surtout porté par des comédiens et des comédiennes de doublage absolument brillantes. Et ce serait mentir de dire que je n'attends pas une deuxième saison !

Conclusion du test de Dispatch

Test de Dispatch

Bon et comment on joue ? L'intérêt de Dispatch repose sur des choix de dialogues fluidement intégré à la narration. Le jeu affiche les options avant la fin des interactions et il faut choisir vite, sous peine d'un choix au hasard. C'est évidemment moins tranquille qu'un dialogue qui attendrait notre sélection pour continuer, mais c'est beaucoup plus organique et nous pousse à répondre plus intuitivement. C'est vraiment l'aboutissement de la formule. Entre les phases de choix de dialogues et de développement de l'intrigue, Robert Robertson se retrouve devant son ordinateur dans l'open space pour mener à bien sa mission d'affections des membres de la Z-Team. Le jeu propose alors une vue à la première personne sur l'interface d'SDN avec une carte censée représenter le quartier de Torrance de Los Angeles. Ces phases sont intégrées à la diégèse et vienne apporter davantage d'immersion dans un jeu narratif où notre relation avec Robert est réduite aux choix de ses dialogues, le reste du temps. La gestion de l'équipe est assez simple. Les appels de détresse apparaissent sur la carte et sont brièvement décrits avec des mots-clefs correspondants à des aptitudes. A nous de deviner lesquelles seront mises à contribution et d'envoyer les bons vilains. Par exemple, si la description indique qu'il faut intervenir rapidement, il faudra envoyer un héro rapide. Si elle indique également qu'il faudra endurer les coups, il faudra envoyer un personnage avec une bonne défense. Bon, vous avez compris ? Attendez la suite... Les caractéristiques des vilains sont au nombre de six représentées par un hexagone. Les personnages gagnent de l'expérience à chaque mission réussie et peuvent monter de niveau. Il est alors possible d'augmenter une des six compétences. Les interventions peuvent être effectuées à plusieurs, augmentant alors la taille de l'hexagone des compétences des personnages, qui sera superposée à celui de la mission. Si l'hexagone des vilains recouvre entièrement celui de l'intervention, la mission est automatiquement réussie. Sinon, une bille est envoyée dans l'hexagone de l'intervention et la mission sera réussie si elle s'arrête sur une zone correspondant à l'hexagone superposé de notre équipe. C'est très simple à comprendre, après quelques missions. Cette gestion nécessite d'envoyer les vilains les plus adéquats, d'anticiper les nombreux appels et parfois d'intervenir. Les vilains peuvent débloquer des compétences dans des missions d'entraînement et développer des synergies augmentant légèrement le taux de réussite. Il y a aussi la possibilité d'utiliser trois objets progressivement débloqués grâce à notre propre niveau de "dispatch", qui augmente jusqu'à trois. Ces phases de gestions sont plutôt courtes, une quinzaine de minutes et sont rythmées par les réactions des personnages en fonction des missions et de leur succès. Les personnages montent régulièrement de niveau et on a une bonne sensation de progression. Des phases de "hacking" heureusement peu nombreuses, viennent encombrer la boucle de gameplay. Je ne vais pas m'étendre dessus, elle sont peut-être plus réussies que dans d'autres jeux mais tout aussi inintéressantes. Je n'ai eu aucune difficulté à refaire ces phases de gestion lors de ma seconde partie. Elles sont rapides, amusantes, grâce aux réactions des personnages, et nécessitent une légère dose de stratégie pour augmenter les caractéristiques de manière suffisamment équilibrée dans l'équipe. C'est un ajout de gameplay tout à fait bienvenue dans cette version du jeu narratif.

Dispatch est découpé en huit épisodes d'environ une heure, tous bien rythmés et finissant en cliffhanger. Ce séquençage est addictif et la durée réduite du jeu encourage à la re-jouabilité. La mise en scène est de qualité et inspirée. Une scène franchement jubilatoire, faite de raccords dans le mouvement, montant en parallèle une bagarre générale avec la dégustation tardive de tacos utilisant des QTE (quick time event), pousse à son paroxysme le contraste entre la simplicité des actions demandées au joueur et la violence qui en découle. Ces QTE, où l'on demande au joueur de presser un bouton dans un temps imparti pour donner l'illusion d'une maîtrise du joueur sur la cinématique, sont toujours aussi peu impactants dans les scènes d'action de Dispatch. Cette scène en fait là un usage décalé et original, à la différence du reste du jeu. Dispatch offre un récit aussi assez classique d'un héro en disgrâce, tourmenté par un grand méchant en prise avec sa famille depuis longtemps. C'est évidemment SDN et le service de dispatch de super-héros qui apporte tout le sel à cette histoire. La Z-Team que l'on dirige est composée de fortes personnalités, en recherche de rédemption mais aussi en prise avec leurs démons. Mais on passera finalement trop peu de temps à s'intéresser aux destins de chacun et de chacune, Dispatch s'intéressant davantage à l'histoire de Robert Robertson, à la réparation de son Mecha, et particulièrement à ses intrigues amoureuses. C'est ce qui m'a le plus dérangé dans ce récit. Le jeu nous incite, de manière très peu subtil, à choisir entre deux liaisons. On peut certes les éviter et choisir de rester "professionnel", mais l'intrigue tourne beaucoup autour de cette question. Dispatch est également "cru" dans la représentation de la nudité, voir plus, ce qui n'est pas un défaut. C'est osé et plutôt piquant, à l'image d'un ton décalé et beauf, que l'on retrouve dans les films ou séries autour de certains anti-héros. Le jeu fourmille d'allusions sexuelles, de blagues en dessous de la ceinture, quitte à devenir problématique avec une scène de "chat-bite", tout simplement une agression sexuelle. Ce manque de subtilité est rattrapée par des dialogues bien écrits, le jeu des acteurices et d'autres qualités du jeu. Mais Dispatch envoie, peut-être malgré lui, beaucoup de signaux pour s'adresser à une cible de gameurs, s'agitant contre le prétendu wokisme des jeux et objectivant les personnages féminins. Dispatch propose des personnages masculins beaucoup plus variés que ceux féminins, toutes dans des normes de beauté, et qui sont bien davantage sexualisés, en témoigne l'emphase de la narration sur les relations possibles, toutes hétérosexuelles, de Robert. C'est franchement dommage, tant le récit est réussi sur d'autres aspect. J'imagine aisément certains joueurs et certaines joueuses ne pas du tout se sentir concerné par le jeu, voir être heurté. On aurait pu attendre un peu plus de sensibilité sur ces sujets en 2025 d'autant plus que le jeu est plutôt inclusif sur d'autres aspects.

Illustation du jeu Dispatch
Illustation du jeu Dispatch
Illustation du jeu Dispatch
Illustation du jeu Dispatch